Toro
Toro est la personne en charge de la gestion du camp de Sampoiniet, la même position que Hasballah (voir portrait) pour le camp de Mane. Il est le premier que j’ai connu de l’équipe de terrain. Nous nous étions rendus ensemble au camp lors de ma première semaine à Banda Aceh et avions pu échanger lors du trajet en voiture, quelques mots en indonésien de mon côté et quelques mots en anglais du sien en écoutant du Bob Marley. Il a intégré seulement depuis Février cette nouvelle position à laquelle il s’est vite adapté. L’équipe l’apprécie et il a le souci de bien faire.
Sa première rencontre avec un éléphant sauvage était en 1999 lorsqu’il travaillait avec le gouvernement sur le zonage des aires protégées. Il a suivi des études de gestion forestière et avait vu à l’université comment se comporter lors de la rencontre avec un éléphant sauvage, et a donc pu « apprécier cette première rencontre ». Durant ses cours, il s’imaginait l’animal comme « drôle et bon, mais quand on rencontre un éléphant, c’est différent, tu ne sais jamais ce qu’il se passe dans la tête d’un éléphant sauvage ». Cependant, il décrit ses expériences d’intervention lors de conflit avec les éléphants sauvages comme « des moments très excitants. C’est inquiétant mais c’est aussi beaucoup d’adrénaline ». Il a principalement voulu faire ce travail pour aider les habitants locaux, pour qu’ils puissent continuer leur travail aux champs, mais aussi car il se sent « triste » à l’idée que les éléphants perdent un peu plus de leur habitat tous les jours.
Toro a presque toujours travaillé dans le domaine de la gestion forestière autour de Sumatra, sur différents projets allant de la récolte de données écologiques, à la cartographie, et aux patrouilles dans les aires protégées. Cependant, ce n’est pas toujours facile de travailler dans ce domaine et après avoir travaillé dans la publicité, à la suite du tsunami, il a travaillé pour une ONG international s’occupant d’amener de la nourriture aux victimes dans la région d’Aceh Jaya. Il s’est ensuite investi dans la création d’une ONG locale oeuvrant pour la conservation de la forêt et l’éducation. C’est depuis 2008 qu’il travaille avec Flora and Fauna International (FFI), d’abord en tant que chef d’équipe des « community rangers » (habitant locaux entrainés par FFI pour la surveillance des activités illégales tel que la coupe de forêt où le braconnage d’espèces) et depuis peu en en tant que coordinateur sur le CRU de Sampoiniet. Il avait cependant déjà travaillé sur le projet des CRUs au moment de leur création pour la négociation des terrains où le camp est aujourd’hui implanté et pour les campagnes d’information auprès des populations locales.
Quand on commence à parler des conflits entre l’homme et l’éléphant, il m’explique qu’il y a selon lui de plus en plus de conflits et que cela devient un problème de plus en plus important. Il explique aussi que l’importance grandissante du conflit est liée à l’augmentation du nombre de fois où le sujet est abordé (dans les médias ou autre). Il me dit que « durant la guerre civile il n’y avait pas d’information en rapport sur les conflits avec les éléphants. Après la guerre, l’intérêt s’est tourné vers ces conflits ». Aujourd’hui les hommes continuent d’empiéter sur l’habitat des éléphants, le réduisant de jour en jour, ne permettant pas de réduire le nombre de conflits.
Les CRU (voir description projet) sont cependant un très bon outil selon lui et ont un impact très positif sur les villageois des alentours. Avant que les CRUs existent, Toro affirme que « les paysans étaient moins productifs aux champs car ils avaient toujours peur de la venue des éléphants ». Il m’explique aussi dans cette région, les cultures pratiquées « se passent de père en fils » et qu’il est donc difficile de changer le choix des cultures que plantent les paysans pour celles qui repoussent les éléphants (certaines cultures telles que celle du chili ou du café attirent moins les éléphants qui ne se nourrissent pas de ces produits). Cependant, avec la présence des CRUs, cela leur permet de commencer à y penser et il espère que dans le futur, ils pourront commencer à cultiver du café pour une meilleure cohabitation avec les éléphants. Toro insiste enfin sur l’importance que les populations locales comprennent que c’est dans leur intérêt de protéger la forêt. Il pense que cela peut se faire à travers des programmes éducatifs mais aussi l’écotourisme : « s’ils peuvent gagner de l’argent à travers le tourisme lié à l’environnement naturel autour des CRU, ensuite ils voudront d’eux-mêmes protéger la forêt. »