Paman Boy et Muchtar
Cette fois, ce portrait est celui des « Community Rangers » (CR voir portrait précédent) vivant à proximité du « conservation response unit » (CRU voir description projet) de Sampoiniet. J’ai pu les rencontrer lors mon dernier séjour au CRU lors d’une réunion portant sur l’extension des patrouilles réalisées par les community rangers et les cornacs autour du CRU de Sampoiniet. J’ai été impressionnée par leur savoir concernant la route que suivaient les éléphants sauvages autour du CRU ainsi que les passages par lesquels ils passaient pour s’introduire dans les territoires habités (un des futurs projets de FFI est de réduire l’accès aux champs agricoles aux éléphants sauvages en installant des barrières recouvertes de chili qui agit comme répulsif). J’ai ainsi pu apprendre à mieux connaître deux de ces CR qui nous ont accompagnés pour un trek à dos d’éléphant, Paman Boy (à droite sur la photo) et Muchtar (à gauche sur la photo). Paman Boy, en tant que chef d’équipe des commnuity rangers, a été celui qui a répondu à la plupart de mes questions, et ce portrait porte donc principalement sur lui. Cependant, Muchtar était aussi présent, confirmant ces informations et rajoutant quelques commentaires.
Tout d’abord, Paman boy a commencé par me parler de sa relation avec les éléphants. Même avant de devenir un « community ranger », il m’explique qu’il était déjà intervenu lors de conflits avec les éléphants lors de ravages de champs agricoles. Il n’a jamais eu peur cependant, considérant que c’était sa mission de repousser les éléphants dans la forêt et que son « but n’était pas de blesser ou de faire du mal aux éléphants et en retour les éléphants répondent de la même manière, ils ne ressentent pas de menace donc je n’avais pas peur ». Il me raconte un peu plus tard cependant, qu’avant de devenir un CR, il pratiquait la coupe illégale de forêt pour gagner sa vie. A l’inverse de quand il interagissait avec les éléphants lors d’un conflit en bordure d’un champ, lorsque ses collègues et lui entendaient des éléphants sauvages à proximité dans la forêt, ils partaient en courant. La raison ? « On se sentait coupable de détruire leur habitat et on pensait donc qu’ils seraient énervés contre nous et deviendraient agressifs ».
C’est en 2007 que Paman Boy a rencontré pour la première fois l’équipe de Flora and Fauna International (FFI) lors d’une intervention pour gérer un conflit avec les éléphants, il les a aidé ensuite plusieurs fois en tant que volontaire. FFI lui a par la suite proposé de devenir un CR et a demandé aussi une liste de toutes les personnes du village participant à la coupe illégale de forêt afin qu’elles soient elles aussi invitées à la formation pour devenir CR. Le programme pour les CR fait partie d’un programme plus large pour consolider le développement de la paix à Aceh (CPDA) supporté par la World Bank qui a permis de former plus de 280 personnes pour devenir CR, réparties en 14 groupes autour d’Aceh. L’Union Européenne a elle aussi soutenu la formation de 4 groupes représentant 63 CR supplémentaires. A cette période, Sampoiniet était aussi une zone où les conflits avec les éléphants sauvages devenaient de plus en plus fréquents, ce qui a créé le sentiment chez Paman Boy « qu’il y avait quelque chose de mal dans la façon dont ils interagissaient avec la forêt ». Par la suite, il a donc essayé d’expliquer cela à ses amis et de faire passer ce message.
Depuis qu’il est devenu un CR, FFI a soutenu le développement de plantation de caoutchouc pour la population locale et ils n’ont plus accès à l’équipement utilisé pour la coupe illégale de forêt. Il m’affirme d’ailleurs qu’il n’a « jamais pensé a recommencer la coupe illégale » depuis. Il est heureux de son nouveau travail et de pouvoir aider les paysans locaux lors des conflits avec les éléphants. Selon lui, les villageois ont déjà une certaine tolérance pour les conflits avec les éléphants mais c’est la répétition sur une base régulière de ces conflits qui les pousse à installer des pièges ou empoisonner l’animal. Son rôle est donc de « faire en sorte qu’on n’arrive pas à ce stade mais aussi de limiter la destruction de l’habitat de l’éléphant pour empêcher le conflit à la source ». En effet, il continue en expliquant qu’il connait bien le comportement des éléphants qui suivent toujours la même route, « les repousser une fois ne suffit pas puisqu’ils reviennent après sur ce même chemin. Il nous faut donc la collaboration des villageois pour qu’ils nous préviennent à chaque fois qu’ils reviennent ». Cette collaboration n’a pas toujours été facile mais avec la création du CRU en 2009 et le temps, ils arrivent aujourd’hui à travailler ensemble et ressentent que les locaux commencent à percevoir le paysage comme un espace partagé avec la faune sauvage.
Le seul point à améliorer selon lui pour le CRU est la rapidité de réaction lors d’un conflit. En effet, aujourd’hui, les conflits se trouvent plus éloignés du CRU et les CR n’ont pas accès à des moyens de locomotion pour se rendre sur le terrain concerné et doivent trouver une façon pour s’y rendre par leurs propres moyens. Cela prend parfois du temps ou cela rend l’intervention impossible. Il est aussi enthousiaste à l’idée de continuer leur programme de socialisation pour un changement des espèces cultivées par d’autres cultures qui repoussent les éléphants sauvages. Trois villages ont déjà commencé une transition de plantation de cacao pour de la plantation de café, ce qui pour lui représente une solution sur le long terme.