Anggiat
Anggiat fait aussi partie de l’équipe de cornac des CRUs (voir description projet), celle de Sampoiniet. Il est le plus ancien des cornacs au camp et les premiers échanges que j’ai eus avec lui étaient lorsqu’il jouait de sa guitare, avec laquelle il joue principalement de la musique d’Aceh. Contrairement à d’autres de l’équipe, il est moins timide et était content d’échanger avec moi sur son rapport avec les éléphants et sur son rôle dans la gestion des conflits avec les éléphants sauvages. J’ai vraiment senti chez lui la fierté de faire ce travail, en particulier dans le cadre des CRU, où il a un impact positif sur les communautés locales et l’environnement.
Chez Anggiat, vivre avec les éléphants est une histoire de famille. Son père était en effet cornac au camp gouvernemental de Sareh. Son père était très proche des éléphants avec qui il essayait de développer une réelle relation d’amitié. Pourtant, lui au début « n’aimait pas trop les éléphants » et était avant conducteur de marchandises entre Medan et Jakarta. C’est après, sous l’influence de son père, qu’il s’est rapproché des éléphants.
Le premier entrainement qu’il a eu en tant que cornac a été directement avec un éléphant pas encore domestiqué : « c’était très effrayant, il (l’éléphant) me regardait comme s’il voulait me tuer. » Mais son père lui a conseillé d’être patient parce que travailler au contact des éléphants prend du temps. Ses premières réussites lui ont donc apporté « beaucoup de joie ». C’est aussi son père qui lui a de nouveau dit d’être patient, lorsqu’il a commencé à se lasser de son travail à Sareh et surtout de la faible paye, et lui a précisé que lui gagnait au début cinq fois moins que ce que son fils avait gagné. Et c’est encore l’idée que « si mon père le fait, je peux le faire » qui lui permettra de devenir fier de son travail auprès de ses proches : « Mes amis me disaient que c’était un travail dangereux et puant ».
Enfin, après une opportunité, qui ne s’est pas réalisée, d’emmener quelques éléphants sur l’île de Java pour des activités touristiques, il a postulé pour faire partie des cornacs du CRU de Sampoiniet. Il avait entendu parler du CRU de Tangkahan (premier CRU créé, proche de Medan) et voulait lui aussi « faire partie de l’expérience ». Il a donc commencé à travailler à Sampoiniet en 2009.
Quand il parle des conflits avec les éléphants, il fait cette drôle de comparaison, « c’est comme la tête d’un personne chauve qui se dégarnit (les cheveux correspondant à l’habitat de l’éléphant, et la tête à l’homme qui étend son habitat), au bout d’un moment il n’y a plus assez d’habitat pour l’éléphant qui se retrouve donc obligé d’aller sur le territoire de l’homme ». Et pour cela, il blâme le gouvernement. Il leur reproche de vendre des terres appartenant pourtant à des aires protégées, ce qui selon lui « réduit l’habitat de l’éléphant et augmente énormément le nombre de conflits ». Sa place au sein du CRU lui permet au moins de venir en aide aux paysans victimes de ces conflits. Il me raconte que sa première intervention contre les attaques d’un éléphant sauvage était vraiment impressionnante car l’éléphant sauvage était beaucoup plus gros que les leurs. « Mais je suis resté, car c’était important pour moi de pouvoir aider les villageois et l’éléphant sauvage est reparti ».
Les CRU sont, pour lui, très positifs car ils facilitent la gestion des conflits entre les hommes et les éléphants en « permettant au villageois de continuer à travailler dans leurs champs sans avoir peur et nous (les cornacs), nous pouvons envoyer les éléphants sauvages sur de nouveaux chemins. » Il précise cependant qu’ils ont besoin d’un plus fort soutien du gouvernement pour être sûr que des règles soient mises en place afin que «l’habitat des éléphants puisse être respecté». Il pense aussi qu’ils ont besoin de plus de formation au camp pour les cornacs comme le fait d’apprendre à parler anglais pour pouvoir mieux communiquer et expliquer les problèmes aux personnes étrangères qui viennent au camp. Les conflits avec les éléphants arrivant aussi dans plusieurs autres endroits autour de Sumatra, il aimerait aussi qu’il existe un système d’échange « pour qu’on puisse voir comment ils agissent ailleurs et qu’on puisse leur montrer nos actions ici ». Cela permettrait selon lui, d’avoir une action plus généralisée pour protéger l’éléphant de Sumatra.